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Nouvelle secrétaire d’état à l’Égalité des chances : ne pas oublier la lutte contre le racisme

Le remplacement de Sarah Schlitz par Marie-Colline Leroy comme secrétaire d’État « à l’égalité des genres, des chances et à la diversité » aura eu au moins le mérite de mettre un coup de projecteur sur les compétences concernées par ce secrétariat. Sans pour autant y apporter toute la clarté nécessaire. Car si on voit bien que « l’égalité des genres » vise à promouvoir l’égalité entre les femmes, les hommes et les personnes non-binaires, que peuvent bien signifier des notions aussi vagues que « l’égalité des chances » et « la diversité » ?

Certaines femmes sont plus discriminées que d’autres

La raison d’être de nos membres est, en partie ou en intégralité, la lutte contre le racisme et la promotion de la diversité culturelle. Quant à l’enjeu des femmes discriminées, il faut préciser : si toutes les femmes peuvent se retrouver dans des positions subalternes au sein d’une société où les fonctions dirigeantes sont majoritairement occupées par des hommes, certaines femmes sont plus discriminées que d’autres. C’est le cas en particulier pour les femmes issues de l’immigration, même quand elles résident en Belgique depuis plusieurs générations. Celles-ci sont proportionnellement plus nombreuses au sein des classes populaires. Elles cumulent ainsi plusieurs discriminations : celles qui découlent de leur condition sociale, de leur genre et du fait qu’elles sont « racisées », c’est-à-dire discriminées en raison de caractéristiques ethnoculturelles, notamment religieuses.

Les diverses discriminations se croisent et se superposent le plus souvent. Elles ne peuvent donc se combattre indépendamment les unes des autres. La lutte pour les droits des femmes et la lutte contre le racisme vont presque toujours de pair, comme c’est le cas aujourd’hui des femmes musulmanes qui portent le foulard. Trop souvent, ces femmes sont tenues à l’écart de l’emploi et de la formation, au mépris de leurs droits fondamentaux. Il est tout naturel que féministes et antiracistes se retrouvent souvent au coude à coude pour les soutenir.

Malheureusement, ce lien ne va pas de soi pour tout le monde. Les résistances devant les avancées des droits des femmes s’expriment rarement à visage découvert. En revanche, on doit bien constater que les revendications d’égalité en droit et en dignité des populations « racisées » continuent à braquer tout un secteur de l’opinion publique, et pas seulement au sein de l’extrême droite. Beaucoup se disent prêt·e·s à accepter des personnes qui ne sont pas strictement « belgo-belges », mais à la condition qu’elles se fondent dans la masse en renonçant à leur bagage culturel propre.

Mais c’est un combat d’arrière-garde. À l’heure d’internet, les êtres humains circulent presque aussi aisément que l’information, l’argent ou les marchandises. Inévitablement, nos villes seront de plus en plus cosmopolites. Si nous savons accompagner cette évolution avec bienveillance et respect, elle constituera un enrichissement pour tout le monde. D’ailleurs, nous n’avons pas d’autre choix.

Un chantier important : mettre en œuvre les mesures fédérales contre le racisme

En matière de lutte contre le racisme, la Belgique dispose depuis 1981 d’une loi antiraciste qui fit date, mais qui manifestement ne suffit pas. À deux reprises, en associant tous les niveaux de pouvoirs, deux grands chantiers furent organisés avec l’objectif d’améliorer le « vivre ensemble » : la Commission du dialogue interculturel (2005) et les Assises de l’interculturalité (2010). L’une et l’autre ont produit des rapports fouillés et avancé des propositions intéressantes. Aucune ne fut retenue, ni même discutée. Il fallait prendre des décisions et le monde politique d’alors en fut incapable.

L’histoire semble se répéter: la Belgique s’est engagée en 2001, lors de la conférence mondiale de Durban, à se doter d’un plan interfédéral contre le racisme. Un tel plan existe déjà de longue date dans la plupart des pays voisins… mais toujours pas en Belgique. C’est pour augmenter la pression citoyenne en faveur d’un tel plan que plus de 60 associations, néerlandophones et francophones, ont constitué la Coalition NAPAR (pour « National Action Plan Against Racism »). Les différents gouvernements actuels des entités fédérées se sont engagés à enfin le promulguer. Mais, à un an de la fin de la législature, il n’est toujours pas intégralement finalisé.

Face à cette situation, un des chantiers majeurs auquel Marie-Colline Leroy devra s’attaquer, consistera à mettre en œuvre les mesures de lutte contre le racisme annoncées par le gouvernement fédéral en juillet dernier.

A cet égard, nous tenons à rappeler ceci : l’expérience prouve que, dans le champ des luttes pour l’égalité, rien n’avance si les personnes les plus concernées ne sont pas étroitement associées aux initiatives. Le paternalisme n’est pas une réponse aux discriminations. Les féministes ont traduit cette exigence par l’affirmation « Ne me libère pas, je m’en charge ». Dans le même sens, dans le mouvement antiraciste, on dit : « Ce qui est fait pour nous, sans nous, est fait contre nous ». L’ancienne secrétaire d’État en était consciente. Nous voulons croire que la nouvelle le sera aussi.

La Coalition NAPAR (www.naparbelgium.org)

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