Il faut regarder au-delà des propos racistes
Les déclarations de Conner Rousseau sur les Roms suscitent une grande indignation morale. De nombreuses personnes désapprouvent publiquement ces propos. Et c’est tant mieux. Nommer sans ambiguïté le racisme et la discrimination contribue à créer une norme.
Cependant, la médiatisation et la condamnation publique de propos racistes présentent un double risque.
Le premier risque est de s’arrêter là parce qu’on a l’impression d’avoir fait sa part du travail. Il faut parfois du courage pour dénoncer le racisme ou s’excuser publiquement. Cependant, la vérité
inconfortable est qu’il s’agit de la partie la plus facile de la lutte contre le racisme. Ainsi, tout comme les profils “MeToo” sur Facebook ne suffisent pas à lutter contre le sexisme, il faut plus que de l’indignation morale pour s’attaquer efficacement au racisme. Des actions concrètes au niveau
politique sont nécessaires.
Toute mesure efficace de lutte contre le racisme dépasse les situations individuelles
La question est de savoir quelles actions politiques sont efficaces. Cela nous amène au deuxième risque de la médiatisation et de la condamnation d’incidents racistes : nous nous focalisons sur l’incident et perdons de vue le contexte sociétal plus large.
Or, le racisme ne se limite pas à des propos racistes tenus par des individus que nous qualifions par facilité de “racistes”. Le racisme est largement présent dans la société, depuis les bancs de l’école, les clubs sportifs, les marchés du travail ou locatif jusqu’aux parlements et aux conseils communaux. Les Roms, mais aussi de nombreux autres groupes de population voient leurs droits
fondamentaux restreints par une discrimination raciste consciente et inconsciente à grande échelle.
Les actions politiques devraient avant tout se concentrer sur ces discriminations.
A ce niveau cependant, le silence a été roi ces derniers jours. En réalité, malgré les promesses faites à Durban (2001), la Belgique ne dispose toujours pas d’un plan d’action interfédéral contre le
racisme. La réalité est également que l’année écoulée, tous les gouvernements du pays ont annoncé leur propre plan d’action contre le racisme, à l’exception de la Flandre et de la Communauté
germanophone.
Placer la lutte contre le racisme au centre des prochains accords de gouvernements
Si les présidents des partis flamands prennent réellement la lutte contre le racisme structurel au sérieux, ils lui consacreront une place importante dans leurs programmes de partis et lors des
futures négociations d’accords de gouvernements. Si leurs paroles sont sérieuses, dès aujourd’hui, une réunion devrait être fixée pour se mettre d’accord sur le contenu de la contribution flamande au plan d’action interfédéral contre le racisme avant les élections, avec des garanties sur la poursuite de
la mise en œuvre après les élections.
D’autres acteurs – écoles, organisations, entreprises, agents immobiliers, clubs sportifs, hôpitaux… – ont également un rôle essentiel à jouer pour s’attaquer structurellement au racisme dans leurs
propres sphères d’influence. L’élaboration d’une politique de prévention solide, de procédures pour traiter les situations concrètes et soutenir les cibles de racisme, le screening des politiques de
recrutement et de promotion en sont des éléments importants.
Tant que nous ne prendrons pas nous-mêmes des mesures pour lutter efficacement contre le racisme au moyen de politiques concrètes, les condamnations du racisme et les excuses qui les accompagnent continueront à sonner particulièrement creux.
